Addiction (Clover Pit)
from marud
Tire sur la manette une dernière fois.
Cette fois, c’est la bonne.
Cette fois, je vais me refaire.
J’ai déjà trop perdu, les stats ne mentent pas, la victoire est juste à quelques parties de plus.
Tout y est passé, je n’ai plus que quelques pièces, quelques parties.
C’est terrible de se dire qu’un jeu qui parle de l’addiction soit à ce point addictif. C’est assez paradoxal en soi, c’est la drogue qui parle de ses propres problèmes et de ses risques, c’est meta au possible.
Vous avez essayé Clover Pit ?
C’est un petit jeu qui fait pas mal penser à Buckshot Roulette, dans son principe comme dans ses graphismes, qui rappellent des jeux de PS1. Le concept est à la fois simple à appréhender et complexe dans ses mécaniques : vous jouez votre vie contre de l’argent, et vous combinez des objets pour avoir des effets qui vous feront tenir le coup.
Buckshot Roulette vous mettait face à un adversaire vaguement humanoïde, dans un environnement étrange ressemblant à l’arrière salle d’un club, lieu loin de tous les regards où vous jouiez à la roulette russe avec un fusil à pompe.
Clover Pit vous met face à … vous même. Vous êtes seul, dans une pièce de 3m², avec une machine à sous d’un côté, un distributeur / avaleur de pièces d’un autre, un présentoir à objets sur le troisième avec un téléphone rouge d’urgence et enfin, sur le dernier flanc : une porte. Lourde. Verrouillée. Avec des barreaux. C’est une porte de prison, et la salle de jeu est votre geôle. Le sol et le plafond ? Vous ne voulez pas les regarder. Le premier est un grillage qui vous donne la vue sur ce qui vous attends lorsque vous perdez : une chute dans une fosse aux profondeurs insondables. Le second est un infini obscur qui ne vous surprendrait pas de voir vomir des hordes de créatures infernales, monstres ailés ou insectes avec bien trop de centimètres, d’yeux ou de pattes. Et le jeu vous le fait comprendre, scrutez l’un ou l’autre et votre vision commencera à se déformer face à cette étendue sans fin.
Pourquoi êtes vous là ? Vous n’en avez aucune idée.
Qu’est ce que vous devez faire ? La seule information à votre disposition est entre ces 4 murs : vous devez jouer. On vous fournit quelques pièces, et un objectif à atteindre pour pouvoir continuer quelques parties supplémentaires.
N’atteignez pas cet objectif, et le sol se dérobera sous vos pieds.
Atteignez le, et le pallier suivant s’éloigne un peu plus du précédent.
Pile vous perdez, face vous perdrez plus tard.
Mais pourtant, on vous propose à certains moments de gagner des clés… Pour ouvrir la porte ? Non. Pour ouvrir des tiroirs, dans lesquels vous trouverez parfois des morceaux de cadavre qui vous rendront la partie plus dure encore, au cas où le jeu normal soit “facile”.
Et dans cette absurdité, cet antichambre de l’enfer où vous êtes et où vous revenez en boucle, mort après mort, plongeon après plongeon, vous arrivez doucement à grappiller un peu plus de choix. Un peu plus de possibilités. Un artefact qui peut vous sauver la mise. Parfois, un coup de téléphone qui vous donnera un coup de pouce, ou qui vous fera de votre épreuve de survie un tourment plus grand encore.
“Rappelle toi ce que tu as fait.”, nous assène notre interlocuteur, sans qu’aucun souvenir ne nous revienne. Juste… jouer. Quelques pièces de plus dans la machine. Le son robotique du bandit manchot qui nous assène d’un “Let’s go gambling” alors que défilent les symboles en boucle, avant de s’arrêter sur une combinaison qui nous offrira peut être assez pour continuer de payer quelques échéances, peut être même ouvrir cette porte éternellement fermée.
Et l’addiction du personnage devient la notre.
Quelques pièces.
Quelques combinaisons.
Ne plus réfléchir à autre chose que la manière dont on pourra continuer de gagner en fermant les yeux sur des statistiques qui, on le sait, finiront par être plus fortes que nous.
Perdre la notion d’un temps qui n’a plus vraiment de sens, uniquement rythmé par la voix de l’annonceur, les appels téléphoniques et le grincement inquiétant de la trappe sous nos pas.
Let’s go gambling.